Les sans-abris ne meurent pas de froid. Ils meurent de l’inaction politique


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Adjoint à la Maire de Paris

LE PLUS. Un centre d’hébergement pour les SDF a ouvert dans le 16e arrondissement de Paris, à l’initiative de la mairie. Les bâtiments avaient été incendiés il y a 15 jours, alors que le projet faisait l’objet de vives invectives de la part des habitants de ce quartier aisé de la capitale. Pour Ian Brossat, adjoint à la maire de Paris en charge du logement et de l’hébergement d’urgence, et Elina Dumont, comédienne et ancienne SDF, ce centre répond à une nécessité républicaine.

Édité par Henri Rouillier

Le centre d’hébergement pour sans-abris, dans le 16è arrondissement de Paris, le 17 octobre 2016 (T. SAMSON/AFP).

Le centre d’hébergement pour SDF dans le 16e arrondissement de Paris ouvre ses portes ce samedi.

Malgré les insultes, malgré le déchaînement d’une violence inouïe de la part d’élus de droite et de certains riverains, malgré une tentative d’incendie, l’ouverture de ce nouveau centre pour SDF a bien lieu dans les temps. Le 16ème arrondissement n’est pas une zone de non-droit : il n’y a pas de territoire interdit à la République.

140.000 SDF en France aujourd’hui

Alors que les températures ont commencé à chuter ces derniers jours, ce centre ouvert avec l’État et l’association Aurore va offrir un toit, un lit, une douche, des repas chauds, un lieu où souffler en sécurité. Grâce à ce centre, nous allons sortir 200 Parisiens de la rue : la moitié d’entre eux vivent seul, l’autre moitié en famille, souvent avec de jeunes enfants.

Tous ont en commun d’avoir dû faire face à un moment difficile dans leur vie : la perte d’un emploi, une expulsion locative, une séparation brutale, puis un essoufflement des solutions proposées par les amis ou la famille. Se retrouver à la rue, c’est dormir sur un trottoir, une bouche de métro, dans sa voiture, caché. C’est devoir affronter, aussi, le regard de la société.

Depuis le début des années 2000, le nombre de personnes sans-abris a augmenté de 50% dans notre pays. Plus de 140.000 personnes n’ont pas de domicile fixe aujourd’hui en France. Parmi eux, il y a 30.000 enfants.

On y retrouve également de plus en plus travailleurs pauvres. Une personne sur quatre en centre d’hébergement travaille. Cuisiniers, ouvriers du bâtiment, caissiers, taxis, hommes ou femmes de ménage, agents de sécurité. Ils sont auto-entrepreneurs, intérimaires, en CDD, à mi-temps ou payés au SMIC et sont à la rue. Voilà l’autre visage de la cinquième puissance économique du monde.

L’impératif de solidarité incombe à tous

Comment ne pas s’alarmer de cette situation, alors que nous sommes un des pays les plus riches ? Car en France, l’argent coule à flot. Les actionnaires se sont distribués plus de 40 milliards d’euros de dividendes l’année dernière, comme l’année précédente. C’est le record d’Europe. Alors que les besoins d’investissement dans les structures d’accueil sont criants, les plus grandes fortunes échappent quasiment à l’impôt et les multinationales pratiquent l’évasion fiscale massive.

Pourquoi l’Etat n’ouvre pas autant de places dans les départements voisins, riches et très peu pourvus en hébergement pour SDF ? Paris compte cinq fois plus de places d’hébergement que le département des Hauts-de-Seine (p. 30). Il n’est pas normal que ce soit toujours les mêmes quartiers qui assument l’impératif de solidarité. L’État doit obliger les villes et les départements les plus riches – et les plus récalcitrants – à assumer la solidarité nationale.

Il est possible de construire, de mobiliser les terrains vides et les immeubles vacants, de les réquisitionner à chaque fois que c’est possible. Personne ne devrait passer la nuit dehors dans la cinquième puissance du monde.

Face à la détresse de ces femmes et de ces hommes, nous devons changer de braquet : nul n’est condamné à la rue. On peut en sortir et se reconstruire. Pour cela, il faut combiner la volonté politique, la compétence des associations et le courage des bénévoles.

Les sans-abris ne meurent pas de froid, ils meurent de l’inaction politique. Déplorer que le système d’hébergement est saturé ne suffit pas. Il faut désormais du concret. L’ouverture de ce centre dans le 16ème arrondissement n’est qu’une première étape. Nous allons continuer.

 

 

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